Kawah Ijen : Une claque en pleine figure !

 

 

 

 

On ne s'attendait pas à ça ! Se retrouver sur les lieux d'un reportage qu'on regardait encore il y a quelques mois ... Mais sans savoir à cette époque, l'impact qu'aurait cet endroit sur nous ... On s'est pris une belle claque ! 

 

 

 

On a attendu quelques jours avant de rédiger cet article, histoire de voir si notre objectivité n'était pas entachée par le trop plein d'émotions vécues ce jour là. Mais finalement non. Elles sont toujours là, toutes ces drôles d'émotions, bien réelles et ancrées pour longtemps ! 

On ne sait pas par quoi commencer : vous raconter la montée jusqu'au sommet ? Vous parler du travail surhumain fourni par les hommes que l'on a croisé tout au long du chemin? Vous décrire l'ambiance irréelle du cratère ?  Si on commençait par planter le décor : 

 

Le Kawah Ijen, dont le nom signifie "cratère vert", est un volcan actif, situé à l'Est de l'île de Java et culmine à 2386 mètres. C'est un volcan dit "gris" (explosif) âgé de 2590 ans. Dans son cratère, un lac de plus de 38 millions de mètres cubes, réputé comme étant le plus acide au monde. Le minerai de soufre de la solfatare du Kawah Ijen est exploité depuis plusieurs décennies par des villageois. A raison de 6 tonnes extraites par jour, il n'existe aucune autre exploitation de soufre plus importante.

 

Il est 10h, ce 29 Octobre, lorsque nous attaquons la montée du volcan. Le temps est brumeux. Il n'y a pas grand monde. Un homme nous propose de louer des masques à gaz. On pense ne pas en avoir l'utilité et le prix qu'il propose nous fait dire qu'on s'en passera ! Finalement, après réflexion, et puisqu'il a déjà divisé son prix par deux, on prend les masques et les rangeons dans notre sac à dos. On verra bien ! 

 

Un panneau indique la distance jusqu'au point d'arrivée : 3 kilomètres. On attaque la grimpette. Il n'est que 10h mais on croise déjà des visiteurs qui redescendent. Les gens sont souriants et nous saluent. Et il y a ces hommes qu'on double, tirant une charrette vide, pendant que d'autres redescendent, la charrette pleine à craquer d'étranges morceaux jaunes de toutes tailles. Dans la descente, un homme renverse sa charrette. Nous sommes là et Reshad l'aide à la relever. C'est vraiment lourd. Il faut s'y mettre à trois ! 

 

Nous reprenons la marche, le chemin est largement praticable mais ça monte bien ! 

 

Tout le long, nous croiserons ces hommes, les porteurs de soufre, qui nous salueront tous et prendront parfois le temps de s'arrêter pour parler avec nous: "Where are you From?" "How are you" "You're French ?! Comment ça va ?! Zidane ! " Ils ne refuseront jamais l'eau ou les gâteaux que nous leur proposeront. Ils sont physiquement très marqués mais incroyablement souriants !  

Bientôt, nous atteignons le sommet. Les odeurs changent. Les couleurs aussi. Nous marchons quelques mètres sur la crête puis subitement, comme pour récompenser nos efforts, le vent d'un coup, balaye les nuages qui dévoilent un spectacle impressionnant : le lac du cratère, d'un bleu  incroyable! Whaouuuuu ! 


Nous essayons de nous approcher du cratère, et sommes attirés par un panneau au loin, devant lequel deux indonésiennes prennent des photos : probablement un meilleur point de vue encore !

Nous décidons de nous y rendre et passons pour cela, au milieu des porteurs occupés à remplir leurs sacs de souffre. Là encore, tout sourire, nous avons droit à des salutations polies. 


Nous arrivons à l'endroit d'où les porteurs remontent leur butin. Le parcours nous semble accessible. En contre bas, le nuage de soufre est énorme mais le vent le pousse à l'opposé de nous. La vue est impressionnante mais elle le sera encore plus en bas. On sort nos masques à gaz, on s'équipe et on commence cette fois, à descendre. 

 

 

Nous sommes presque gênés d'être là "en touristes", pendant que des hommes de tout âges, fournissent un travail acharné, surhumain. Ils montent, chargés comme des mules (parfois jusqu'à 90 kg sur le dos!), le plus possible de minerai de soufre car ils sont rémunérés au poids. Le tableau qui se déroule devant nous est, il faut le dire, terrible et nous serre la gorge. 

 

Sans masque à gaz, en claquette pour certains, un simple tissu devant le nez, parfois rien, ils montent en toussant, en crachant leurs poumons,  le visage affreusement marqué. Des jeunes, mais aussi des hommes plus âgés.

 

Nous essayons de ne pas les gêner et faisons de nombreux arrêts sur le côté pour les laisser passer car le passage est toujours étroit et escarpé, au milieu des rochers. 

 

Certains nous sourient et nous remercient. Ils nous indiquent le chemin le moins dangereux, nous demandent d'où nous venons, comment nous nous appelons, et si nous allons bien ! Se sont eux qui demandent si nous allons bien !!  

 

Nous arrivons en bas sans trop de difficulté, 30 minutes plus tard. 

Le spectacle est irréel, comme sur une autre planète, Il n'y a personne. Nous venons de croiser le dernier porteur en train de remonter. Nous sommes seuls, dans le coeur du cratère d'un volcan actif qui rejette en ce moment même, une fumée nocive, devant le lac le plus acide au monde. 

 

Est ce que là, on peut vous dire que c'est la chose la plus extraordinaire que l'on ait faite jusqu'à ce jour, et le spectacle le plus grandiose qu'il nous ait été donné de voir ? 

 

 


Malgré le spectacle qui nous impressionne, nous ne nous attardons pas plus de 15 minutes car le vent tourne. La remontée s'annonce plus compliquée que prévue. Le vent n'est plus avec nous cette fois-ci. Il nous envoie le nuage de soufre. Malgré les masques à gaz que nous bénissons et nos lunettes de soleil, l'air est acide et nous brûle les yeux et la gorge. S'arrêter pour reprendre son souffle, ou continuer d'avancer pour rapidement sortir de là ?

 

A ce moment-là, nous mesurons toute l'ampleur du drame qui se joue quotidiennement dans ce cratère. La vie de ces hommes, usés par ce travail de titan qu'aucun de nous ne serait capable de réaliser. Pour une bouchée de pain (1kg = 0,05 cts d'euros). Et voués à une mort certaine à 40 ans à cause des produits toxiques qui leur mangent peu à peu les muqueuses, les yeux, les poumons. Même si nous en avions pris conscience à travers les reportages et les articles que nous avions pu lire au sujet de cet endroit, nous pouvons vous assurer que nous étions loin de la réalité avant de les voir de nos propres yeux et de connaître une infime partie de leur douleur. Quand on sait à quoi est utilisé le soufre, la peine en est d'autant plus grande !

 

Malgré toute la bonne volonté mise dans la rédaction de cet article pour vous faire comprendre ce que nous avons ressenti, nous savons qu'aucun mot ne sera jamais assez fort pour transmettre les émotions que nous avons vécues ce jour-là. Nous ne pouvons que vous inviter, si l'occasion se présente un jour pour vous, à aller explorer à votre tour, cet endroit unique.               A&R

 

Localisation du Kawah Ijen


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Commentaires: 3
  • #1

    Fat (mercredi, 02 novembre 2016 22:48)

    Merveilleux mais accablant d'une triste réalité, j'avais déjà vu un reportage à la télé sur ces surhommes ! Merci de nous faire voyager et partager vos expériences extraordinaire! Allahi ahfadhkoum !

  • #2

    Laura & Matthieu (jeudi, 03 novembre 2016 00:55)

    Votre témoignage est magnifique, j'en est encore des frissons..
    merci de nous raconter tout vos séjour, sa nous fait voyager avec vous, sans quitter la France!
    Bisous à tout les deux ❤️️✍

  • #3

    Krikrichoco (jeudi, 03 novembre 2016 21:58)

    Je connaissais déjà cet endroit, mon frère y est allé également.


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